Mardi 30 septembre 2008



-   On décampe.

Je retrouve mes esprits péniblement. Il faut faire vite avant, que la troupe qui protège « le vieux » se réorganise. Chacun d’entre nous sait ce qu’il a à faire. Je me redresse, malgré l’entraînement intense, mes jambes me font mal d’être restées longtemps fléchies.

Les répétitions que nous avons réalisées pour que chaque geste soit un réflexe opère à notre insu. Chaque mouvement s’exécute sans que la pensée n’intervienne.

La peur oubliée se réinstalle dans mon ventre en ondes glacées. Dorénavant, nous sommes le gibier. Fuir rapidement, il faut fuir de toute notre vitesse. Mac commence à ranger son barda. Sa valise dorsale contient des emplacements pour chacun de ses appareils informatiques. Lynx ramasse les douilles.  Doc et moi balayons avec une branche d’épineux, la station de notre tir.

   -   Prêt dit Doc

   -  Go, en file indienne Lynx en serre-file.

Notre petite colonne se met à courir sur un rythme élevé malgré le chargement. La lune continue sa navigation dans l’océan du ciel. Sa lumière argentée adoucit la crête où nous devons nous rendre, elle repousse les ombres derrière les rides caillouteuses du sol, elle nous aide à trouver notre chemin. Soudain une chouette hulule, une autre lui répond. Elles me rappellent que nous ne sommes pas autorisés pas à pénétrer sur leur territoire de chasse. L’air est limpide et froid. Du sable glisse maintenant en petits ruisseaux sous mes chaussures. Nous dérapons sans cesse. Sous la lumière blafarde de la lune, le paysage fait penser à une fin du monde ou à son commencement. Les couleurs prennent un aspect irréel. Les gris, les blancs et les jaunes s’atténuent sous le froid éclairage.

Derrière nous, le village brûle. Les flammes jettent de longues et mouvantes traînées orangées jusque sur le plateau bosselé que nous gravissons en diagonale. Dominant le ronflement de l’incendie, des clameurs de rage me parviennent, mêlées aux pleurs des femmes. Les cris, les reflets de l’embrasement, la lumière blafarde de la lune donnent à la colline une ambiance mystérieuse, primitive. J’entends la respiration de Doc dans mon dos, il aspire et expire en cadence pour économiser son souffle. Nous sommes à plus de deux mille mètres d’altitude, la respiration est difficile. Mac est le plus chargé, sur son dos, devant moi la valise de transmission informatique se balance lui cognant les reins. Je porte sur moi un kit de survie, un revolver et des munitions.Doc et Lynx sont chargés, en plus de leur barda, ils trimbalent le fusil de précision et les chargeurs.

La rapidité et l’agilité sont nos atouts essentiels dans cette fuite éperdue. Là-haut, sur un étroit replat dominant la vallée de Chitral, nos planes vont nous permettre de rejoindre le groupe d’exfiltration. Il nous attend sur le plateau d’Ivran à une centaine de kilomètres de l’agglomération de Tâloquân.

Les cuisses commencent à se raidir sous l’effort. Mes chaussures heurtent sans arrêt les débris de roche qui affleurent un sol pelé. La transpiration mouille mes cheveux, dégouline de mon front en cascade.

Parfois, des plaques de végétation parsèment, pour le plus grand bonheur des troupeaux, le reg stérile. De place en place des coussinets d’une plante rampante, rend la course plus facile. Nous nous enfonçons maintenant dans un bosquet de genévriers. Il nous arrive à hauteur de ceinture. Les épineux griffent nos vêtements, les branches craquent avec un crépitement sec.

Soudain le vent se lève, c’est un violent courant d’air glacé. Il cingle mon visage. Des particules de sable portées par les rafales picotent chaque morceau de peau découvert. Elles s’infiltrent dans les narines, obligent à mettre les lunettes de protection. Elles colorent le paysage d’une vague couleur orangée.

C’est un endroit lugubre. Nous dépassons le bosquet de genévrier pour grimper maladroitement dans un éboulis de pierraille instable. Notre marche devient sonore, bruyante et dangereuse.

   -  Ils partent en chasse, annonce Lynx qui est resté en arrière, quatre véhicules. Sa voix résonne, lugubre dans mon oreillette.

Je m’arrête à mon tour. En contre bas dans le creux de la vallée quatre paires de phares trouent l’obscurité d’une lumière sautillante. Dans les restes du village, l’incendie faute de combustible perd d’intensité. Vu d’en haut, le douar Quad el bar ressemble maintenant à un tas de braises fumantes éparpillées.

   -   Estimation Doc ?

Par paititi
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Lundi 29 septembre 2008


 



 

Pourquoi ces fabuleuses ouvertures ?

 Et, d’un seul coup, je gravis les nuages jetés en plein ciel.

J’enfourche les nues. J’ouvre grand les yeux, au bout d’un long moment, je ne voudrais plus voir.

 Le ton est criard, la fenêtre trapézoïdale, du bleu délavé en dirige l’impression. Une sorte d’auvent en bardeau laisse parader l’embout de fausses poutres en forme de ridicule proue de navire supportant un court toit de bois à la rive guillochée de figures géométriques où abondent des cercles, des feuilles. Il n’y a pas de vitres, des volets indigo découpés par la présence de séparations sculptées donnent l’illusion des carreaux. Le mur de terre ocre est peigné de rouge.

 Je m’approche. Au-dessus, l’embout circulaire des chevrons disposés à égale distance, peint en blanc forme une ponctuation entre un autre chevronnage carré de couleur ocre et une sorte de frise soulignant la rive du toit. Une étroite terrasse supporte un petit bâtiment trapu rouge vif dont les angles montrent des cylindres en forme de cheminées brillantes comme de l’or sous le soleil d’une fin d’après-midi.

À côté, une autre fenêtre soulignée d’un large trapèze noir ressemble à un œil maquillé par un large trait de mascara. Les dormants sculptés de dessins géométriques sont peints de bleu de jaune de rouge. Le bout des pièces de bois carrées faisant tenir l’auvent est orné de croix couleur or, disposées en diagonal sur un fond azur. Que de soin apporté à ses baies trouant les murs raturés de vermillon comme si un peigne géant avait balafré l’enduit blanc de la construction !

La porte, elle, est masquée par d’immenses pans de tissus noirs, oblitérés de figures énigmatiques blanches formant des sortes de broderies sur les lourds rideaux se gonflant au vent. L’entrée occultée devient vivante en faseyant sous une bise glacée venue des neiges qui scintillent au soleil couchant.

Quelques moines habillés de toges pourpres déambulent sur les parvis, tandis qu’un gamin, fixe une paire de jumelles dans ma direction en me regardant alternativement par les deux embouts de sa lorgnette cherchant sans doute par cet effet d’optique à rendre ma présence insignifiante.

Assis sur un muret servant de garde-corps à la terrasse, mes yeux font le tour du paysage qui se déploie sous moi. Un escalier d’au moins mille marches dégringole jusqu’au bas de la colline. Des toits plats en tôles ondulées ou lattes de bois dévalent le culot dominant une plaine fertile descendant en pente douce vers un marais. L’eau argentée se diffuse dans un ruissellement où la peau sombre des joncs fusionne avec des éclats de ciel.

Comme des pucerons, des hommes, des femmes glanent dans les pentes jaunies par la saison qui s’avance. De grands espaliers portent des légumes. De l’endroit où je suis, on dirait des partitions accrochant des notes de musique.

Je frissonne. Les cultures sont la vie des paysans, ce moment est unique sans commencement ni fin. Le visage du ciel me nargue face à un moment ou l’éternité se nourrit du présent. L’histoire me fait la révérence d’une courtisane. Les nuées laissent des rayons obliques montrer la voie de l’au-delà.

 Ouvertures et lumière. La clarté du soir batifole délimitant des ombres mouvantes. Les spectres de la nuit montrent leur audace. Le temple devient inévitable.

 Le vide absolu décortique les souterrains de mon âme.

Plus bas. Je chevauche mes pensés les plus folles.

De dieu, de l’homme, qui est le plus divin ?

Dieu, un roc incontournable, incompréhensible. Il laisse faire. Rien ne l’arrête, nulles compassions, nulles larmes, rien que des vœux. J’ai contemplé les ex-voto qui tapissent les temples, les églises, les offrandes, les rites.

Je blasphème. Les pauvres billets de banque offerts, l’odeur rance du beurre de yak, les étoffes qui dégoulinent le long des piliers et des autels, la face de stuc des bouddhas, les idoles que les pauvres gens caressent pour poser sur leurs lèvres, la poussière des statues, la pénombre glauque, un conditionnement pour faire du devenir de l’homme un avatar du présent.

Que vienne la colère, le feu pourpre de la colère. L’homme a besoin uniquement de croire en lui pour le partage, point-besoin d’intermédiaires. Et puis de ces histoires, c’est le point de vue du vainqueur qui prédomine et l’homme est le plus souvent le vaincu, la victime. Il doit se soumettre aux injonctions divines sinon gare aux terribles conséquences. La vie d’outre- mort ne sera qu’un jardin de supplices.

Mais ceux-là qui agissent pour plus de justice peuvent marcher allègrement….

Je vous souhaite les routes en marges, les chemins bifurqués, les escalades, les portes de derrières, je vous souhaite de vous égarer dans le vent.

 

J’ai fait la moisson des portes altières le long du chemin.

Symboles de puissance et de richesse, elles s’ouvrent sur des cours de ferme ordinaires, elles paradent tels des drapeaux pour exhorter celui qui passe à l’humilité. Elles ne sont que frimes. Les chambranles marquetés de couleurs vives, les panneaux de bois ajourés, le cuivre éblouissant des poignées de porte, chantent l’opulence.

 Les huis, une fois ouverts, laissent voir la terre gluante des enclos précédant l’habitation principale. Quelques poules s’ébrouent dans des petites excavations pleines d’eau, un cochon noir montre son groin à côté d’un tas de bois, un vieillard vibre de tout son corps assis sur la marche d’un piteux escalier.

 Comme toujours en Chine, la magnificence de l’entrée n’est qu’une façade faite pour ne pas perdre la face, elle tente de masquer le vide.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Par paititi - Publié dans : voyage
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Vendredi 26 septembre 2008

              

 

 

                        Mes paupières se ferment avec, juste au milieu du balancement du sommeil, une petite tache de lumière tenace.

Oaxa. Mexique, quelques bicoques délabrées autour d’une place, une église comme dans les Westerns italien avec une cloche accrochée tout en haut,du soleil , de la crasse, des mouches…Le paradis quoi !Pour arriver là,j’avais pris un autocar à San Cristobal,ou plutôt une ferraille qui ressemblait à un bus. Au bout d’une centaine de bornes d’une piste vaguement goudronnée, après plus de cinq heures de route, j’avais trouvé, coincé entre montagnes et cactus, Oaxa.

Présentement,assis sur une chaise bancale,à l’ombre d’arcades bordant le Zocalo, face à l’église,je sirotais une bière locale qui m’avait été servie par une matronne aux cheveux huileux…La bière tiède,une barbe de trois jours,la chaleur et le voyage m’avaient mis à cran …

Bon dieu, qu’est-ce que je foutais là !

Je ne reconnus pas tout de suite Miquel, il avait changé ; des vêtements douteux, une démarche hésitante, ce n’était plus le même homme. Lorsqu’il me vit, il se mit à courir tout en gueulant :

 « Gaffe Glenn, c’est un piège ! »

On ne sait pas comment ces choses-là arrivent. Mon revolver était venu se loger tout seul dans le creux de ma main. Mon épaule heurta une table et je boulai comme à l’exercice tandis que je voyais Miquel s’abattre doucement, au ralenti. Une vitre, au dessus de moi se brisa dans le tac tac assourdissant d’un fusil mitrailleur. Combien étaient-ils ? Où étaient-ils ? On agit avant de penser, les réflexes prennent le pas sur tout. Une image fugace dans ma tête : les pipes que je cassais dans la baraque foraine de mon père.

Après l’enfer le calme rédempteur, ils étaient cinq autour de la place, allongés, avec un trou au milieu du front, sauf peut-être le troisième, j’avais visé un peu bas. Je me relevais lentement en secouant mes frusques :

« Glenn, mon vieux, tu viens de réussir un joli coup ! »

 

               

                     Sunset Boulevard était loin, j’avais bifurqué à gauche dans Strom Street. Ma voiture était garée au fond de Calvin Place, ni trop près, ni trop loin.

J’écoutais les frondaisons bruirent au vent aigre du Pacifique. Au loin, les réverbères de Pain city s’allumèrent.  Un velours noir se piquant brusquement de diamants. Le soir d’automne s’alourdissait du parfum fort de la terre humide, des feuilles tombées…

Autour de la plaque de la porte d’entrée, un liseré de roses en céramique donnait le ton et la douceur nécessaire aux noms des propriétaires des lieux. C’était comme la calligraphie d’une signature compliquée qui, pourtant laissait comprendre l’essentiel :

« Docteur Remwick ».D’où j’étais, j’apercevais une fenêtre ouverte sur un bout de salon luxueux et rose. Au mur, des plantes grimpantes jetaient une tâche de verdure qui égayait la lumière crue, violente d’une ampoule nue pendant du plafond.

Je rejetai mon feutre en arrière et sortis sans bruit de la voiture, comme un chat se laissant tomber d’un mur.Mon pouce, sur la sonnette de cuivre ne meubla pas le silence.Les gravillons de l’allée, d’une blancheur  rappelant ceux d’un cimetière m’amenèrent à une entrée bordée d’arabesques compliquées en fer forgé.

La destinée c’est comme le la fleur d’un chardon jetée au vent : je pénétrais dans la villa.

Il était là, tout en grisaille : pantalon de flanelle argent, chemise et veste assorties, cheveux blancs soigneusement peignés, le visage blafard avec au milieu du front une fleur rouge, qui en coulant avait sali le col.

Je restais un bon moment à le regarder, puis je me dirigeai vers un guéridon supportant un téléphone de couleur ivoire :

« Allo ! Bernie Olms ? Ici Marlowe… »

 

 

               La jungle se referma sur nous…Nous nous glissâmes comme l’eau de pluie dans un talweg. En bas nous atterrîmes dans une fondrière.

Au dessus de nous, Steve faisait un boucan du tonnerre. Il était notre seule possibilité. S’il pouvait les retenir une dizaine de minutes encore, nous aurions une chance de nous fondre dans la forêt. Steve, avec sa patte amochée se sacrifiait. Nous progressions silencieusement et…

 

             

                          « Il est déjà huit heures, tu dors encore, je me suis tapé toute la vaisselle, debout ! »

L’ordre est sans appel.

« Ouais, ouais, je me lève. »

Le rideau du rêve s’ouvre un peu brusquement à mon goût.

Je me retrouve sans trop savoir comment sur un tapis de gym, couché sur le dos, bras le long du corps.

« Levez alternativement la jambe droite puis la gauche, levez, posez… »

L’ordre à beau venir d’un CD intitulé ; Gym tonic, et tout cela pour perdre quelques centimètres de bedaine, je trouve la réalité un peu rude…

« Levez, posez, levez, posez ; Assis bras en croix, touchez la jambe droite avec la main gauche et vice et versa »

Dire que tout à l’heur je déquillais je ne sais combien de types sans m’en rendre compte !

« Gauche, droite, soufflez »

« C’est bien chéri ! » 

Cette fois – ci, la voix ne vient plus du CD mais de Françoise. Je regarde Françoise qui me regarde transpirer avec des yeux gourmands. Elle suppute chaque goutte de sueur, mesure chaque gramme perdu.

« On déjeune, ensuite léger footing. »

Je me laisse aller à plat, dos sur le sol et ferme les yeux.

 

             

                 Le soleil rouge à l’horizon nimbe la vallée de sang, le vent soulève en tourbillons  de poussière le sable du désert, devant moi se dresse la Messa Verde…

Je sors la carabine de son étui, et talonne mon cheval qui sous le coup d’éperon se met à hennir…

« Tu viens déjeuner, oui ou non ? Si tu reviens trop tard de ton footing, nous ne pourrons pas aller à la piscine, le soleil sera trop fort et je crains les coups de soleil ! »

Je me lève, endolori, en comptant les jours qui me séparent de la fin des vacances : neuf, non dix !

 

 

 

(Publié dans le Matin de Paris)

Par Michel DEMION
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Vendredi 26 septembre 2008

                 Un pont d’envol.

 

 

 

                               Le Bono. Village vaguement clandestin caché dans l’échancrure du Sal, un bout de rivière qui s’étale à son embouchure en se prenant pour un fleuve. C’est un port minuscule, balisé par le golfe du Morbihan, chahuté par la péroraison des marées.

Ce morceau de Bretagne s’étire le long du  temps qui passe comme un dormeur à son réveil. Une oscillation permanente entre passé et présent, entre autochtones et touristes, entre pêche et plaisance.

J’ai cherché dans les méandres d’aujourd’hui des croquis où l’imagination construit du rêve. En réalité, j’aime les endroits où l’esprit s’embrase pour inventer des songes dorés.

Ce qui suit n’est pas une description méticuleuse et objective de ce port bourgade, il s’agit de mon regard posé avec excès et conviction sur le lieu  où je vis. Entre le réel et mon imaginaire, il y a une énorme différence !

Que les lecteurs se le disent !

Pourtant, je veux  conter :

La besogne des hommes de bien, les mémoires empêtrés de pudeur, la forme et l’odeur grisante des marées,les paroles cachées dans la bouche des vieilles femmes, pour dire l’universel d’ici .

Je me suis glissé comme un voleur dans les interstices des pierres sèches, je me suis introduit entre portes et fenêtres dans les demeures closes, j’ai cherché les relents des terres lointaines dans les eaux caressantes du port.

De l’histoire, je ne dis que des odeurs se cachant dans l’auréole des fleurs.

Et puis, Le Bono, s’inscrit dans de lointaines nostalgies où l’énergie de ma jeunesse se conjuguait avec la Kevrenn Alré, le fameux groupe de musique bretonne toujours à l’avant-garde de la création. Alors, dans ces temps là, le vieux pont cliquetait sous les roues des voitures empruntées pour des dimanches riches de moissons musicales.

C’est ici que je voulais vivre.

Le Bono, mon port d’attache, mon lieu d’envol, ma bauge et mon terrier.

Mon territoire de partance pour des chemins qui ne conduisent pas à Rome. Ici, ma besace me semble plus légère et mon sac de voyage bouclé est toujours dans la fébrilité du départ.

Par Michel DEMION - Publié dans : voyage
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Vendredi 26 septembre 2008

Me voici, tout entier, avec le regard net et poli du miroir. Voyez mes formes si pleines et si fortes, elles ne sont qu’apparence. Le temps et le flot sont passés par là, sous la férule de l’homme. Je ne suis plus qu’une sorte de cétacé noir étalé à l’ombre d’une pente rugueuse.

Epuisé de toutes mes membrures.

Au dessus de mon échouage sur le bitume graissé par les pluies, comme entraînée par l’entonnoir du port, la houle des toits d’ardoises tendent l’échine sous les bourrasques de l’hiver. Ils se courbent devant les tempêtes solides dont les vagues s’en vont border l’horizon gris de crasse.

Mon seul abri, une toile de couleur rance qui bat sous le vent. Je claque des dents et

frisonne sous les attaques d’une mauvaise fièvre. Pendant que la toile se gonfle

comme une baudruche mouvante, nuages et eaux vives dévalent et cascadent, portés

par un grand vent torrentiel. Les ruisselets s’égouttent sur mon échine, se perdent

dans mes fissures attisant mon ennui. Que faire de cette eau cavaleuse,

insaisissable ?


Je préfère sa solidité minérale et bouillonnante lorsque j’affronte ses humeurs

maritimes.


Seul.


Solitude grise des mois noirs.


Dans le ravin sombre, plein des nuits hivernales, je courbe le dos au temps qui

passe. Je sens le poids douloureux des blessures. La pourriture du bois qui me

gangrène, jette ses métastases sur mes  bordées, sur mon plancher raviné par les

pieds innombrables, sur la pelure de mon étrave.


Où est la mer liquide ?

Par Michel DEMION
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